Cancer de la Prostate, renseignements pour comprendre et choisir

Le Robot et sa communication

Dans un article de Libération il est écrit, par une équipe ayant à son actif plus de 1500 interventions robot-assistées, que le robot permettrait d’opérer avec une précision inouïe. L’expression utilisée par le chirurgien ne laisse ici aucune place au doute : si le lecteur doit se faite opérer d’un cancer de la prostate, il choisira d’emblée le robot qui offre à l’évidence les meilleurs résultats.

Il faut sans doute rappeler à cette même équipe qu’elle vient de publier une série de 1009 patients où le taux de marges chirurgicales positives, pour les stades localisés, s’élève à 19.3 %, ce qui représente en réalité un taux d’erreurs techniques considérable qui s’accorde mal avec la précision inouïe du geste.

Rappelons que le taux de marges chirurgicales positives est le critère le plus fiable pour définir la sécurité d’une technique de prostatectomie totale : plus le taux est élevé plus le risque de récidive du cancer est important… et moins la technique est performante.

Ce chiffre de 19.3% doit être comparé avec celui de de la technique incisionnelle publié par l’auteur du site dans le British Journal of Urology International (BJUI 2014). Appuyé sur 1065 patients, cette série retrouve 2.3% de marges chirurgicales positives pour les mêmes stades localisés. Ce chiffre est sans appel et remet clairement en question les capacités de guérison de la prostatectomie robot-assistée (robot Da Vinci commercialisé par la société Intuitive Surgical).

On peut facilement comparer le nombre de patients en récidive dans les deux procédures pour les mêmes stades localisés. Sur les 1500 patients de ce centre, opérés au robot, ils sont 94* (8.9%) à récidiver de leur cancer au lieu de 27* (2.6%) pour la technique incisionnelle ! Comment peut-on justifier de tels chiffres ? Aveuglement délibéré d’une équipe qui ne veut pas renier un choix technique ? Ou nécessité de rentabiliser un investissement de 2 millions d’Euros, une maintenance annuelle de 150000 Euros et des consommables de 1500 euros par patient ?

Cet exemple d’article de presse où le chirurgien assure la promotion de la robotique en masquant les résultats est hélas une constante depuis quelques années.

Et ce n’est pas tout !


Si ces équipes, les plus expertes en prostatectomies robot-assistées ont de tels résultats, qu’en est-il alors des taux de marges chirurgicales positives de tous ces nouveaux centres sans expérience qui ont investi dans un robot ? L’inquiétude peut être grande car tous ces centres n’achètent pas un robot pour améliorer leurs résultats mais pour répondre à la concurrence locale qu’Intuitive Surgical a su remarquablement créer.

Lorsque le robot est installé sur un site, des chirurgiens rémunérés par Intuitive Surgical, appelés « proctors » viennent faire des démonstrations opératoires pour les premières interventions et l’équipe est ensuite considérée comme autonome si 9 procédures sont réalisées en 3 mois. Cette caricature de formation chirurgicale n’empêchera pas pour autant Intuitive Surgical de développer dans la presse et la télévision régionale une communication sur ce nouveau site devenu, par enchantement, un leader de la chirurgie du cancer prostatique ! C’est donnant-donnant : vous achetez un robot et nous assurons votre appel de clientèle.
Aucun contrôle de qualité n’est évidemment exigé et les taux de marges chirurgicales positives de tous ces centres resteront totalement inconnus si ce n’est par la confidence des oncologues de proximité à qui on adressera ces patients en récidive biologique pour subir une radiothérapie de rattrapage avec ses éventuelles conséquences. Cela n’est évidemment pas le problème d’Intuitive Surgical qui pourra s’intéresser à d’autres cibles commerciales et poursuivre son ascension financière exponentielle.
Il est urgent de dévoiler cette communication d’Intuitive Surgical qui laisse entendre qu’être opéré au robot est un must. Intuitive Surgical pourra toujours plaider que beaucoup d’équipes non robotisées ont des résultats équivalents voire moins bon : c’est vrai, mais eux n’inondent pas la presse de leur soi-disant supériorité technique. Quand on cible directement les patients pour leur vendre un traitement qui engage leur vie en prétendant qu’il est le meilleur : on a l’obligation d’avoir des résultats indiscutablement supérieurs à tous les autres… ou on garde le silence.
* Chiffres établis en considérant 70% de stades localisé pT2 et en reprenant les taux de récidives à 3 ans du centre Henri Mondor de Creteil (communication AFU 2011) et ceux de l’article du BJUI 2014.
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